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C’est au cours de vacances prises en commun chez moi, à Mimizan, un petit village de la côte landaise, que son jeune frère Nicolas s’était joint à nous. Il avait le moral à zéro après la rupture
mouvementée et douloureuse d’avec sa jeune compagne. Ils étaient ensemble depuis, je crois, plus de trois ans. Une lamentable histoire de coucherie. Sordide même. Bref. Comme quoi un super beau
mec n’est pas à l’abri de cornes.
J’ai voulu dédramatiser la situation en lui montrant que tout n’est pas
toujours rose et idyllique dans un couple. Je lui ai parlé de moi. Je me suis longuement confié, lui ai dit ma profonde admiration pour ma femme qui affrontait cet état de fait avec la volonté
farouche de construire notre bonheur, envers et contre tout. « Je t’aime pour ce que tu es, et non pas pour ce que je voudrais que tu sois… ». Cette phrase d’elle que je lui citais l’a
profondément troublé. Et j’étais troublé de le voir autant troublé. C’est à ce moment là qu’Olivier avait cru bon de me mettre en garde :
- Ne te prends pas à rêver, Al. Je connais mon frangin, il ne va pas virer sa cuti sur un
quelconque chagrin, aussi violent soit-il ! C’est un pur, un dur ! J’en suis sûr, il va très vite rebondir… Prends-le pour ami, n’en espère pas autre chose. S’il te plait.
J’entendais et écoutais Olivier. D’autant que c’était bien la première fois
qu’il me disait autant de choses personnelles en aussi peu de temps. Je mesurais son émoi. Et prenais conscience de ma rêverie ridicule.
Je m’attachais donc à n’être que le deuxième grand frère. Quelques jours plus
tard, une nouvelle longue et intime conversation nous absorbait. J’aurais pu me méfier. Ou, plus justement, me montrer davantage clairvoyant.
- Il y a un truc qui me gêne, Al, dans tout ce que tu me dis…
- Vas-y, je t’écoute ?
- Tu parles de couple libéré. Du besoin de chacun à avoir un « jardin secret ». Du
respect de la vie privée et intime de chacun des deux par l’autre. De confiance, et du fait qu’il n’y a de tromperie que dans le mensonge. Que l’amour a besoin de sexe, mais que le sexe
n’implique pas obligatoirement l’amour… C’est ça ?
- Oui, je confirme. Je dis bien l’Amour avec un grand « A »… La difficulté vient,
entre autre, que dans notre parler courant, baiser et aimer utilisent la même expression : « Faire l’amour »…. Mais je dis parfois que l’on ne fait pas l’amour. On le vit. Sinon,
on « baise », on « nique », on « se vide les burnes »… Ou toute autre expression que tu veux…
- Ok… Et tu dis que toi, tu ne fais que baiser, que tu n’as jamais aimé, je dis bien, aimé,
l’un de tes partenaires ?
- Pas depuis que je suis avec Suzy, non. Je n’ai jamais laissé l’amour s’installer. Parce que
je ne crois pas vraiment au coup de foudre, tu sais. L’Amour, ça se construit. Et je n’ai jamais accepté de dépasser la pose de la première pierre…
Nous nous étions confortablement installés un peu à l’écart sur la dune,
profitant béatement du soleil. Un peu plus bas, les deux femmes se font des confidences et rient aux éclats. Elles sont à plat ventre, le
soutien-gorge détaché, pour faciliter le bronzage. Dans les vagues, Olivier joue avec les enfants. Il fait penser à un animateur, avec les cinq qui piaillent autour de lui…
- Ok, ok… J’ai bien compris… Et tu penses qu’aucun de tes partenaires n’a, lui, été amoureux
de toi… Amoureux, vraiment mordu, quoi !
- Ça…
- Ça… Je réponds pour toi, Al… Ça, tu t’en fous. C’est son problème au mec n’est-ce
pas ? Il peut crever la gueule dans le ruisseau le mec ! Du moment que toi tu as pu prendre ton pied ! Egoïste, Al, tu es un putain d’égoïste !
- Hé, tu ne vas pas m’engueuler, non ? Ouais, je sais, Nico. Ce n’est pas la première
fois que je rencontre ce genre de raisonnement ! Un bon copain, un jour, m’a même violemment accusé d’avoir fait souffrir des dizaines et des dizaines de gugusses. Parce que c’était de ma
faute aussi de plaire assez facilement ! Putain, Nico, toi aussi, avec ta belle petite gueule et ton splendide corps d’athlète, tu as dû en
faire souffrir des dizaines et des dizaines de petites nanas. Et quelques femmes mariées, aussi, sans doute… Et peut-être bien également quelques mecs… Et tu serais responsable de ce qu’elles ou
ils se fourrent dans le crâne ? Alors que le plus souvent tu en ignores les tenants et les aboutissants ?
- … …
- Je ne peux pas penser à la place de celui qui est en face de moi ! Je m’attache à être
le plus honnête possible. Je n’ai jamais fait de promesse mensongère pour aboutir à mes fins. Quand l’aventure dépasse la vulgaire partie de jambe en l’air dans les bosquets d’un chemin creux
(oui, ça marche comme ça aussi, tu le sais bien !), quand on dépasse le stade d’échanger nos prénoms, je pose toujours cartes sur table. Je suis marié et père de famille. L’autre le sait. Si
nous allons au-delà, c’est à ses risques et périls. Pas aux miens !
- C’est à prendre ou à laisser… Un peu facile, non ?
- La vie est toujours dans le « à prendre ou à laisser ». Ou dans les choix
difficiles, comme tu veux. Qui a dit « Choisir, c’est mourir un peu… » ?
- Gide, je crois…
Il m’énervait, ce petit con. Quelle idée aussi, d’accepter de nous isoler tous
les deux… Presque à poil, en plus. Fallait que je me calme, sinon, ce n’était pas ce ridicule petit bout de chiffon qui me servait de maillot de bain qui pourrait longtemps cacher mon trouble…
Faut dire qu’il était drôlement craquant, le petit rugbyman… enfin, petit… Un bon troisième ligne quand même. En taille, je ne devais pas le dépasser de beaucoup. Quant à la carrure… Boudiou… La
totale. Des pecs bien dessinés, des épaules puissantes, un ventre… Ouille ouille ouille… et une taille incroyablement étroite… Outre le sport, son boulot de machino, très physique, lui permettait
de garder ce corps de rêve… Comment avait-elle pu laisser échapper tout ça, son ex ? Et j’ai cru comprendre pour un mec de la cinquantaine ? Le pognon… Lamentable…
- Mmm… Moi aussi, j’ai été amené à faire des choix difficiles. Et pardonne cet égoïsme, c’est
d’abord les choix qui me sont posés qui éveillent mon attention… Tu crois que ça ne m’est pas arrivé de flasher sur un bel éphèbe, ou un jeune étudiant au point de me sentir perdre pied ?
Mais les décisions n’ont jamais été longues à prendre. Rien ne peut avoir plus d’importance que Suzy et les enfants…
- Bon, ok, j’ai mes réponses… Pour le moment… Mais…
- Mais ?...
- Ce que tu t’autorises si facilement, tu accepterais que Suzy se le
permette ?
- Ah, oui… C’est vrai. Sacro sainte règle de la réciprocité…
- Et pourquoi ne tiendrait-elle pas le même discours ?
- Je vais te surprendre, Nico. Je ne suis pas du tout jaloux. Je n’ai jamais été capable de
l’être. Je dis bien : je n’en suis pas capable. Et je considère ce trait de caractère comme un handicap. La plupart des gens pensent qu’on n’aime pas vraiment, si l’on n’est pas un minimum
jaloux…
- Suzy est donc libre de faire ce qu’elle veut ?
- Elle n’a pas à être libre ou empêchée. Suzy EST. Et je l’aime et la respecte telle qu’elle
est. Mais pour répondre à ta question, non, elle n’applique pas du tout mon raisonnement à son avantage. Elle ne m’a jamais « trompé », puisque c’est le terme consacré…
- Comment peux-tu être aussi affirmatif ?
- Simplement parce que, si elle avait eu une aventure, je le saurais. Elle me l’aurait
dit.
- Tu as une confiance totale en elle ?
- Totale. Inconditionnelle, si tu veux. Mais, en plus, et je suis bien conscient que ce que
je dis pourrait être perçu comme effroyablement prétentieux, elle ne vit que par, et pour moi. Figures-toi que parfois c’est même lourd, très lourd à porter…
- Pauvre « non-cocu » !
- Pardonne-moi. C’est encore de l’égoïsme de te dire ça après ce que tu viens de vivre. Mais
je t’assure que c’est vrai. Elle ne vit vraiment que quand je rentre à la maison. Et parfois c’est très pesant de se sentir toujours, continuellement attendu… J’avais imaginé qu’avec les enfants
elle aurait autre chose à penser. Même pas… Tu sais… L’amour passion, c’est parfois, aussi, l’amour prison…
- Donc, finalement, tu ne serais pas choqué qu’elle prenne un amant…
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