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Je publie ce texte dans l'ordre chronologique normal. La dernière page éditée se trouve donc en toute fin de ce blog. Je prévoie plusieurs éditions consécutives sur une "page" affichée. A vous d'utiliser la roulette... Mais si vous revenez après avoir lu une partie du texte, vous pouvez accéder aux nouveaux chapitres :

Le sommaire dans la colonne de gauche vous permet d'accéder à un chapitre précis. Le lien ".../..." pointe sur la toute dernière publication.
Dans chaque billet, d'autres liens ".../..." permettent d'aller de page en page, en avant ou en arrière.
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Bonne lecture.


(PAUSE technique. Le premier jet de ce texte semble être terminé.
Je me suis lancé dans des corrections qui s'avèrent être une entreprise beaucoup plus longue et difficile que je ne le pensais.
Du coup, je ne souhaite pas éditer les derniers chapitres qui nécessitent, encore plus que les premiers, d'être repassés sur le métier...
Patience donc, pour ceux qui lisent régulièrement.
Merci.)

Par Albert
Jeudi 19 juin 2008

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1

 

 

Domi est grimpé sur le fauteuil. Accroupi, ses bras emprisonnant ses jambes nues contre sa poitrine, son menton reposant sur ses genoux, il est totalement absorbé par sa lecture. Plus ou moins habilement, quand nécessaire, il manipule la souris pour faire défiler le texte sur l’écran.

Il a juste enfilé un boxeur. Il est magnifique. La lecture pourrait durer des heures. Je ne me lasse pas de remplir mes yeux, mon esprit, mon âme, de l’image de ce jeune adulte dans la force de l’âge…

 

 

« Qui l’eut cru ... Je m’amusais à visualiser les arrivants successifs sur le salon général. J’attendais sans grand espoir que l’un d’eux réagisse à mon propre profil et m’envoie un message intrigant, original. Et je ne recevais, comme d’habitude que quelques mots crades, proposant des « plans Q » et recherchant des « Act cho » ...

Il n’y a que très peu de temps que je me balade sur ce site, je suis très néophyte, et je ne manque pas d’être intrigué par le langage codé utilisé par les internautes, ici peut-être plus qu’ailleurs. Une nouvelle fois, trois lettres au sens obscur me narguent dans une carte de visite : « lol ». Son auteur a une adorable petite frimousse de titi parisien, et sans trop savoir pourquoi, sans réfléchir, c’est lui qui devient le destinataire de mon premier message :

-          Je voudrais m’endormir un peu moins idiot ce soir, peux-tu me dire le sens de ce « lol » que je vois mettre à toutes les sauces ? (mon éternel besoin d’honnêteté et de franchise me fait joindre une photo où ma tronche, bien que souriante, dit clairement mon âge nettement supérieur au sien)

-          Ça veut dire rire ! (c’est pas vrai, il m’a répondu ...)

-          Origine ?

-          Amérigo, « lot of laught », j’espère que tu comprends, lol

-          Thanks, tu es adorable. –Ce ne sont pas des avances --

-          Heureusement pq tu aurais pris un grand vent !

 

J’en conclue sans effort que, s’il a eu la politesse, la gentillesse ? la condescendance ? de me répondre, il vaudrait mieux que je me tienne pour dit qu’il ne faut pas mélanger les torchons usés et crasseux et les serviettes en damassé ... Je me résous donc à reprendre mon poste d’observation du salon général dans une vaine attente d’un dial plus prometteur.

A quelques jours de là, toujours à mon poste, essayant vainement de retenir les pseudos pour ne pas ré interroger plusieurs fois les mêmes, le petit tintement de l’arrivée d’un message me sort de ma torpeur ...

-          Salut, tj là ? je vois souvent ton pseudo, t’attends quoi ?

-          Rien de bien précis, je découvre un nouveau monde.

-          J’y crois pas, t’es déb ?

-          Dans un sens, oui, je n’avais jamais navigué sur internet. Pour le reste, rassure-toi, j’ai une grande et longue expérience !

 

Le long échange suivant ne présenterait guère d’intérêt s’il n’avait abouti à un rendez-vous dans un parc de notre ville. Après avoir éteint mon ordinateur, une véritable panique m’envahit. Que m’avait-il pris pour entrer dans un tel dial avec un jeune homme qui pourrait presque être mon fils ? Ce ne pouvait être sérieux, les tous premiers échanges en témoignaient, j’allais prendre un « grand vent », et sans doute même s’agissait-il d’un piège où je le trouverais peut-être, mais entouré de copains baraqués qui me feraient la fête !

Cette seule pensée suffit à remettre en selle ma détermination. Je n’avais jamais fui devant les risques, je n’allais pas commencer aujourd’hui ! Combien de fois étais-je resté seul sur les lieux de drague, lorsqu’une voiture avec plusieurs occupants à la mine plus ou moins patibulaire faisait fuir tous les autres habitués ? Sans doute protégé par ma stature somme toute impressionnante, je n’avais jamais eu à le regretter. Au pire, une discussion mouvementée assortie de menaces avait mis à mal mon calme apparent. Au mieux, une partie de sexe excitante avec des jeunes qui n’osaient sans doute pas venir seuls, et jouaient une « virée chez les PD » avec la bonne conscience de faire comme les autres avant de retrouver leurs copines respectives. ... En passant par des discussions de dédramatisation, en faisant passer le message du droit à la différence (en attendant le droit à l'indifférence).

 

Récuré dans les moindres détails, rasé de frais, vêtu simplement et confortablement vu la saison, avec des chaussures adaptées à la drague, je pris le chemin du rendez-vous.

Le parc était vide dans cette soirée d’hiver. Les lumières de la ville éclairaient parcimonieusement les espaces de verdure et les bancs. Je fis une fois le tour sans rencontrer âme qui vive. Même les chats et les chiens, promeneurs habituels et indépendants semblaient absents. Ou bien j’étais en avance, ou bien il était en retard, ou, encore plus vraisemblable, il s’agissait d’un magnifique lapin dans lequel j’avais foncé tête baissée. ... Les bancs étaient humides. J’en choisis un peu éclairé, suffisamment dégagé pour me permettre une retraite dans n’importe quelle direction, et m’assis sur le dossier, les pieds sur le banc. Je ne parvenais pas à maîtriser le tremblement de mes jambes, à cause du froid humide et pénétrant, de l’émotion, de la crainte (quand même) d’un piège au-dessus de mes moyens. Tout à la fois, probablement.

Je n’étais pas assis depuis deux minutes lorsque je vis arriver une ombre qui s’installa à côté de moi sur le dossier du banc. Tout de suite, il m’adressa la parole et demanda confirmation de mon pseudo. Je le voyais très mal, mais d’évidence il était jeune. Et c’était lui qui prenait l’initiative de la discussion, je dirais presque la direction des opérations. Moi et mes 38 balais, mon habituel rôle de dominateur et de paternaliste, mon assurance parfois trop arrogante, tout ceci était subitement mis sous l’influence d’une tranquille aisance faite de jeunesse et de fraîcheur. Il me confirma qu’il était bien dans le parc lorsque je suis arrivé, mais « quéplan » pour voir si je ne lui tendais pas un piège :

 

-          C’est la première fois que j’ai rencard avec un vieux, je voulais voir ta tête avant.

 

Il avait donc trouvé un poste stratégique, sans doute à l’entrée du parc éclairé par un pylône public. Mon allure, pourtant raidie par mes propres craintes, ne l’avait donc pas rebuté. Pourtant mon genre « cadre moyen » plaît rarement aux jeunes formatés par la mode aux esthétiques « plaquettes de chocolat et pectos muscu ». Je m’en étonnais, et il me raconta brièvement la grande déception qu’il venait de vivre. Il avait rencontré sur le site un jeune un peu plus âgé que lui, très « top », et il avait « flashé ». Mais ce garçon s’était révélé d’un égoïste sans nom, avait pris son plaisir à sa façon, sans se préoccuper de ses goûts à lui. Il avait quand même voulu y croire, s’était accroché, mais, loin de s’améliorer, leur relation était devenue de plus en plus hard, son partenaire ayant des exigences qui le dégoûtait. Il voulut bien reconnaître que c’était une forme d’auto destruction qui l’avait poussé vers « un vieux » (sic, encore…).  Je continuais à grelotter, l’humidité glaciale traversait maintenant tous mes vêtements. Je lui proposais de rejoindre ma voiture.

Je mettais en route, le chauffage à fond, et commençais à circuler lentement pour réchauffer l’habitacle. Redoutant d’être aperçu par une connaissance, il me demanda de quitter le centre ville. Nous avons roulé au hasard, mais nous dirigeant inévitablement vers les bois qui cernent littéralement l’agglomération.
A mon tour, je lui parlais de moi, de mon vécu, de ma famille. Réchauffés, nous nous sommes arrêtés dans un discret chemin forestier.

.../...

Par Al
Vendredi 20 juin 2008

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J’allumais le plafonnier pour me repaître de son image. Je l’avais bien entendu observé lorsque l’éclairage de la rue me l’avait permis à la sortie du parc. Il était encore plus beau que sa photo ne me l’avait laissé supposer. Là, sous la lumière diffuse de l’habitacle, ses yeux gris prenaient une douceur infinie, les poils de sa jeune barbe mal rasée scintillaient comme une poussière d’étoile. Je voyais sa lèvre inférieure trembler légèrement lorsque j’approchais mon visage. Il avait peur de ce qui allait se passer. Mes lèvres se sont posées sur son front. Ma main caressait sa nuque pendant que mes baisers allaient à la découverte de ses yeux, de ses joues, glissaient vers ses oreilles, mes dents jouant avec les lobes et ma langue faisant une approche discrète. Je le sentis soupirer.

La découverte de son cou suivit, et je ne manquais pas de mordiller et de tirer un peu les quelques poils de barbe que je pouvais accrocher. Ma main s’était glissée sous son pull et je découvrais un corps ferme, athlétique, des pectoraux bien dessinés quoique modestes, un ventre plat et lisse. Si lisse. Pas un poil, pas un défaut ne s’interposait entre le bout de mes doigts et le satiné parfait de son torse. Une envie folle me prit de le déshabiller et de lécher et embrasser chaque millimètre de ce corps juvénile. Mais j’étais sûr de lui faire peur en devenant un ogre. Je voulais le conquérir, lui faire oublier mon âge, et non le posséder. Je continuais mes caresses discrètes tout en poursuivant mes baisers sur chaque parcelle de son visage. C’est sa bouche qui a cherché la mienne. Ma main est alors descendue vers son entrejambe pour trouver un membre épanoui, bloqué par les couches de vêtements. Tout en continuant à l’embrasser, je commandais les leviers pour mettre les sièges en position couchette. Mieux installés, j’entrepris de baisser son pantalon et son caleçon. De son mieux, il me facilitait la tâche en changeant de position selon nécessité. J’arrivais à mes fins pour découvrir enfin un sexe splendide, non pas un gros monstre veineux et moite, mais une belle verge longue, fine, soyeuse, légèrement courbée vers son ventre sur laquelle elle se plaquait, laissant glisser une goutte transparente qui tombait juste dans son nombril... Les bourses, fines au point d’en être presque translucides, étaient recouvertes d’un très léger duvet châtain. Ses cuisses, imberbes, avaient le même satiné que son ventre. Mes doigts suivaient chacune des courbes des muscles fermes et contractés pour venir s’attarder sur l’intérieur de son entrejambe. Là où la peau est encore plus fine, plus innervée, plus sensibles aux caresses des doigts et de la bouche. A la naissance du pli fessier.

Je ne résistais pas plus longtemps et je soulevais son pull pour permettre à mes lèvres et au bout de ma langue de découvrir ce que le toucher m’avait suggéré. Sa merveilleuse plastique me laissait sans voix. A mon tour je sentis ma lèvre inférieure commencer à trembler. J’étais bouleversé. Non, ce n’était pas un top modèle qui aurait pu poser pour la rubrique « Apollon » du site. C’était beaucoup mieux que ça. Un magnifique jeune homme plein de vie, probablement sportif, mais qui ne se laissait pas piéger par une vénération narcissique de son propre corps. C’était un homme fait, et bien fait, mais qui gardait toute la fraîcheur d’une adolescence épanouie. Les poils discrets de ses mollets lui donnaient juste la touche de virilité nécessaire. Ils n’avaient pas encore envahi l’ensemble des membres inférieurs comme cela adviendrait probablement dans quelques années.

Naturellement, et le plus lentement possible mes lèvres et ma langue quittèrent sa poitrine et descendirent ce toboggan d’amour, pour atteindre la hampe fièrement tendue qui les appelait par des soubresauts incontrôlés. Je me gardais bien de prendre le membre directement dans la bouche.  Mes lèvres ont glissé sur toute la longueur de la tige, la langue titillant le frein et le renflement central. Les bourses ont eu droit à un massage labial en règle, ma langue s’égarant tendrement vers le pli fessier. Lorsque je remontais pour emboucher son chibre congestionné, il a poussé un petit cri suivi d’un gémissement plaintif. Je savais que j’avais gagné en grande partie mon challenge, et qu’il ne pensait plus à mon âge (vénérable ?)... Je pensais avoir la maîtrise de son plaisir, et pouvoir le guider, lentement et à ma convenance vers une jouissance totale. Mais il enfouit ses mains dans mes cheveux, se mit à guider ma tête avec autorité, ses jambes se mirent à trembler et à se contracter, comme tétanisées, et dans un râle il explosa. Ma bouche était plaquée sur sa tige, je regardais cette liqueur divine se répandre sur son ventre, maudissant le fléau qui m’interdisait de recevoir ce liquide de vie dans ma bouche assoiffée.

Après l’avoir laissé reprendre son souffle je nettoyais son ventre en embrassant chaque parcelle dégagée.

Nous sommes restés un long moment silencieux, chacun cherchant à maîtriser les battements de son cœur.

C’est encore lui qui, le premier d’aplomb, s’est appuyé sur son coude, m’a regardé et souri :

 

-          Pas mal pour un « vieux » ...

-          ...

-          Mais toi, t’as pas joui !

-          Ce n’était pas le plus important ce soir ...

-          Tu bandes ! ?

-          On banderait à moins ! ...


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Par Al
Dimanche 22 juin 2008

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.../...


Doucement, tranquillement, il s’est mis à caresser ma braguette. Sans un mot, il a libéré  mon sexe congestionné et entrepris une branlette d’expert. Pour mieux s’installer, il a posé sa tête sur ma poitrine, mon bras entourait son torse et cherchait un bout de peau dénudée sous le pull redescendu. Son astiquage devenait de plus en plus précis et plus ferme. Je ne pouvais rester longtemps indifférent. J’allais l’arrêter. Je ne voulais pas jouir ainsi. Pas besoin d’être à deux pour une branlette. J’essayais de retenir son bras. Comme s’il avait compris, il m’a regardé, a souri, et s’est mieux installé pour entreprendre une pipe que je ne suis pas prêt d’oublier ! J’ai la chance d’être long à jouir, et de pouvoir profiter pleinement de ces moments là. Je ne m’en privais pas. Lorsque enfin  la pression devint trop forte je le stoppais et le redressais le temps de reprendre mon souffle. Il me sourit et me dit simplement :

 

-          Elle est belle !

 

Quel bonheur d’entendre autre chose que « t’as une grosse queue » « Quel chibre », « ça doit faire mal quand tu baises » et autre « TBM » !

 

Mais en le redressant je m’aperçus qu’il bandait de nouveau, et pas dans l’à peu près ! Son sexe semblait redevenu d’acier. Mais un acier doux et chaud. Je le caressais de nouveau, l’embrassais, le dévorais. Il recommençait à gémir. Chaussures et pantalons nous gênaient. Pas pour longtemps. Plus à l’aise, je remis mes lèvres au travail, et levant une de ses jambes, je pus venir titiller sa rosette. Il s’abandonnait, mais je sentais ses réticences. Sa corolle était rouge, irritée, légèrement gonflée. Sans doute était-ce là un des désaccords importants avec son précédent amant. Tout en douceur, je massais et léchais les tissus meurtris. Pour être plus à l’aise je le fis mettre à plat ventre, et descendu au plus bas, je repris mes massages. Je bandais comme un fou, j’avais une envie dingue de baiser. Je remontais doucement en embrassant son dos pour me mettre en position. Il était ému, bouleversé, visiblement excité, mais dans un souffle :

 

-          Non, pas ça, seulement te frotter si tu veux ...

 

Je plaquais mon chibre sur son pli fessier, enrobais de mes bras son torse musclé, entrepris quelques mouvements pour sentir sa chaleur et la douceur de sa peau. Je voyais le moment où tout allait se finir sans que je jouisse. Il me faut plus que quelques frottements ! C’était sans prévoir combien ce garçon m’émouvait ! J’ai senti mon souffle s’accélérer comme lors d’un coït d’enfer. Il tendait son cul musclé pour plaquer ma queue sur mon ventre. Mes oreilles ont bourdonné. Mon souffle devenu court, par moment s’arrêtait. Et dans un râle proche d’un cri de souffrance, je sentis mon liquide se répandre entre ses fesses et mon ventre. Je restais plaqué contre lui de longues minutes. En retrouvant ma respiration, je caressais son torse, son ventre, empoignais sa tige raide et vibrante.

Je le retournais brusquement et empalais ma bouche sur ce merveilleux objet d’amour. Il reprit ma tête à deux mains, mais plus qu’un guidage de son plaisir, c’était des caresses et de la tendresse qu’il exprimait au bout de chacun de ses doigts. Son plaisir a explosé. Je ne me suis pas retiré. La mort ne peut pas avoir autant de beauté. Dans 15 jours je ferai un test HIV. Je refuse de m’empêcher de vivre en ayant peur de mourir !

 

Je ne sais pas s’il a envie de me revoir. Je suis sûr de l’avoir réconcilié avec lui-même. Peut-être regardera-t-il désormais les « vieux » avec d’autres yeux ? Et moi, j’ai du bonheur et des souvenirs pour longtemps. Il vaut mieux, ce n’est pas tous les jours que de telles aventures viendront vers moi ! »

 

 

 

Domi quitte l’écran des yeux, en reposant les pieds à terre, il fait tourner le fauteuil pour me regarder, un sourire illumine son visage. Il étire longuement ses bras, les mains nouées au dessus de sa tête, en poussant un rugissement sauvage de satisfaction…

 

-          Rhaôôôôaah… C’est trop ! Et tu as osé éditer ce texte sur le site de rencontres ?

-          Tu commences à savoir que j’aime la provocation !

-          Là, tu peux mettre au pluriel : les provocations ! La totale. Le « vieux » qui se paye un petit jeune, la baise dans la voiture, le mépris de la prévention du Sida…

-          C’est sur ce point que les lecteurs ont réagit le plus… Je ne te dis pas les invectives dont j’ai été la cible ! Criminel, irresponsable, ordure, j’en passe…

-          J’imagine…

-          Et, dis donc, toi, le « vieux », son âge ne te gêne pas trop !

-          Holà ! oh ! Il y a quand même un moment que j’ai quitté les jupes de ma mère, moi !

-          Hé, hé… J’ai quand même treize ans de plus que toi…

 

Il prend un air courroucé, et me regarde méchamment :

 

-          Tu m’énerves quand tu parles de ça, tu le sais !

 

Et aussitôt il affecte d’être profondément triste, désolé…

 

-          Et tu vas gâcher l’effet de ma lecture… Je vais débander…

-          Hé ! Oh ! Tu ne voudrais pas déjà remettre le couvert ! J’ai pas récupéré, moi… Je suis un pauvre vieux…

-          Vieux con, oui !

 

Il rit en se jetant sur moi et en me plaquant sur le lit. Il me tient prisonnier sans peine, mes bras bloqués par ses mains puissantes de chaque côté de ma tête, sa poitrine musculeuse plaquée contre la mienne à me couper le souffle.

Il me regarde, sourit, vient piquer un baiser sur mes lèvres entrouvertes, se recule de nouveau, secoue la tête l’air désespéré, me gratifie enfin d’un long baiser aussi tendre que passionné…

 

-          Putain, Al, je t’aime trop…

 

Nous nous redressons, j’entoure son merveilleux torse de mes bras noués, il vient reposer sa tête sur mon épaule. Un long silence nous unit… …

 

-         Al, va falloir que l’on bouge. Tu vas être en retard…

-         Ouais… Tu es sûr que tu ne peux vraiment pas m’accompagner ?

-         Je ne peux pas manquer l’anniv de mon pater, allons… Et je veux profiter de l’occase, pour leur parler de nous…

-         Tu parles… D’un cadeau d’anniversaire ! Encore heureux que ce ne soit pas ton coming-out… Mais quand même. Annoncer que tu t’installes avec un mec qui pourrait être ton père !

-         Tu en rajoutes un peu, non ?...

-         T’es marrant… C’est moi qui ai le trac !

-         Papa a semblé t’apprécier, non, quand nous nous sommes rencontrés ? Et puis merde ! Tu ferais mieux de bouger, tiens…

-      Allez, j’y go… Une bonne petite douche, et en route…

(à suivre...)

Par Al
Mercredi 25 juin 2008

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2

 

 

Je dois sourire un peu bêtement. Je suis bien là, assis dans ce fauteuil confortable, que j’affectionnais particulièrement. Suzy me fait face, sur le canapé, souriante elle aussi. Elle est splendide. L’amour lui réussit. D’un ample et harmonieux mouvement de tête elle rejette ses longs cheveux derrière ses épaules.

 

-         C’est vraiment dommage que Domi n’ait pas pu venir avec toi. Les enfants l’aiment beaucoup tu sais.  Mais c’est bien décidé, vous vous installez ensemble ?

-         Oui, oui… J’avais oublié que c’est l’anniversaire de son père aujourd’hui, sinon, je t’aurais proposé une autre date. Et il compte leur annoncer, pour nous, au cours de cette journée.

-         Tu vas garder cet appartement ?

-         On ne sait pas encore. Lorsque je l’ai pris quand nous nous sommes séparés, je pensais qu’il serait largement suffisant pour un début…  Je ne pouvais pas imaginer que les choses iraient aussi vite ! Il manque une pièce. Le bureau et l’ordi sont dans la chambre, avec mes horaires décalés, c’est gênant pour moi de travailler quand Domi cherche à s’endormir…

-         Vous pourriez l’installer dans la pièce à vivre…

-         Avec la cuisine américaine je n’y tiens pas trop. Les vapeurs de cuisine ne sont pas très compatibles avec le matériel électronique !

-         Exact… Bah ! Vous allez bien trouver une solution !

 

Tout en parlant, je me suis de plus en plus penché vers elle, parlant tout doucement, comme si nous nous faisions des confidences. Je suis bien là. C’est dingue que je sois aussi bien. Comme si je n’étais jamais parti…

Nicolas, qui était debout derrière le canapé, ses avant-bras appuyés sur le dossier s’est redressé. Très naturellement, il a posé sa main droite sur l’épaule de Suzy, avec un adorable petit air protecteur… Je regarde la scène et souris plus franchement. Mon ex femme lit aussitôt dans mes pensées. Elle pose sa main gauche sur celle de Nico après l’avoir gentiment tapotée. J’adore ces non-dits… D’un geste, « Mais oui mon chéri c’est toi le plus beau, le bien-aimé », et « Hé ! Oui, mon pauvre Al, ne l’oublie pas, tu es hors-jeu, ce n’est plus toi que j’aime »…

Je me redresse et me cale de nouveau dans le fauteuil quand les enfants appellent :

 

-         Maman, on a fini, tu viens ?

 

Suzy, comme toujours, réagit promptement. Avec vivacité elle zigzague entre les fauteuils et la table basse, pirouette pour le plaisir de sentir flotter sa jupe longue autour de sa taille si fine…

 

       -       J’arrive mes chéris !

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Par Al
Jeudi 10 juillet 2008

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Oui, oui, Suzy, j’ai vu que tu avais mis une jupe aujourd’hui. Petit clin d’œil nostalgique ? Bah ! Voilà que je ramène tout à moi. Nico aussi, peut-être, aime bien la voir en jupe… En tout les cas, voici une belle opportunité pour échanger quelques mots avec ce charmant jeune homme qui semble quelque peu mal à l’aise dans la situation présente.

 

-         Alors Nicolas, mes enfants ne t’en font pas trop voir ?...

-         Non, pas du tout ! Ils sont vraiment adorables, et en plus Suzy s’occupe de presque tout.

-         Allez, profitons de ce petit moment de tête à tête. Tu ne me sembles pas très à l’aise aujourd’hui ?

-         Oh ! Vous êtes très gentils tous les deux… Mais la situation est particulière, reconnais-le… C’est la première fois que tu reviens ici alors que j’y suis.

-         Question de hasard. Avec ton job, tu es souvent absent quand moi je suis libre. Je suis content que ça se passe comme ça aujourd’hui. Ben, quoi ? Tu nous connais bien tous les deux, non ?

-         C’est une pique ?

-         Mais arrête d’être sur la défensive ! Je te l’ai dit il y a un an, quand tu es venu m’affronter pour m’annoncer votre amour. Je n’ai aucune raison de t’en vouloir. Aujourd’hui même, je peux dire que je te dois beaucoup, dont mon bonheur actuel !

-         Ouais, mais l’ami qui pique la femme de l’autre, c’est assez boulevard. Ça doit jaser sec dans les chaumières aujourd’hui, après qu’ils t’aient vu arriver !

-         Ne t’occupe pas des autres. D’ailleurs, tu n’étais pas à proprement parler mon ami. C’est ton frère qui est mon collègue et ami. Même si je t’aime bien aussi, j’entends… Rends Suzy heureuse, c’est tout ce que je te demande.

-         N’empêche que c’est zarbi cette situation…

-         Elle était également spéciale avant. Tu le sais bien.

-         J’ai parfois l’impression de m’être attaqué à une partition trop difficile à jouer pour moi…

-         Allons… Ne joue pas… le modeste…

 

Je le regarde un moment en silence. C’est vrai que nous ne lui avons pas fait un cadeau facile à ce type. Un môme, presque. Il a quoi ? Cinq ans de moins que moi. Ça compte, dans cette tranche d’âge. Il n’y a pas si longtemps, il faisait partie de ces jeunes de moins de trente ans. Dans pas plus longtemps, j’entrerai dans le lot des quadras… Bouffée d’angoisse. « Le bel âge » pour les hommes qu’ils disent… Engagez-vous, rengagez-vous dans la Marine Marchande… Tu parles…

Il a eu un sacré cran, le môme. Ce ne devait pas être si facile que ça de tomber amoureux d’une femme mariée, avec trois gosses.

Il a bien manœuvré, c’est sûr. Il a pris son temps. Toujours là quand on avait besoin de lui. Il ne demandait rien. Il ne cherchait même pas à jouer de son physique. Il aurait pu… Comment ça, ça aurait été prendre le risque de plaire au mari avant la femme ? C’est vrai. Il me plaisait un peu. Enfin, assez… Mais son frère m’avait vite mis au parfum. Pas pour moi le rugbyman… Il avait raison.

 

 

J’aime beaucoup Olivier. C’était l’un de mes plus proches collaborateurs lorsque je dirigeais la société d’ingénierie. Quand j’ai démissionné pour me mettre à mon compte, il a naturellement pris ma suite. Et nous avons été encore plus proches. Il m’appelait souvent pour me demander mon avis, comment j’aurais réagit face à tel ou tel problème. Nous déjeunions souvent ensemble. C’est à ce moment là que je lui ai confié la réalité de ce que j’étais et de ce que je vivais. Du merveilleux niveau de confiance qui nous unissait, Suzy et moi. Nous sommes devenus de plus en plus intimes. Le fait qu’il n’était pas du tout mon genre d’homme a sans doute facilité le développement de notre amitié. Nos couples se sont vus de plus en plus souvent. Nos femmes ont étonnamment sympathisé à leur tour. Je dis étonnamment, parce qu’entre mon intello enseignante et militante d’épouse et son artiste faussement futile, nous avions eu quelques craintes, avant leur rencontre. Mais Aline est tellement subtile et sensible, et beaucoup plus fine psychologue que je ne l’avais perçu dans un premier temps. J’avais été surpris et quelque peu suspicieux quand elle lui avait dit « Je m’en doutais » lorsqu’il lui avait révélé, pour moi, après m’avoir demandé mon accord. « Ce sera tellement plus simple ! » m’avait-il suggéré.

Et puis je n’avais pas percuté sur le fait que Suzy adorait la musique. Alors la rencontre avec une violoncelliste professionnelle était devenue une évidence. Il avait suffit d’assister à l’un des concerts de son orchestre… Elles étaient devenues inséparables.

 .../...

 

Par Al
Vendredi 11 juillet 2008

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C’est au cours de vacances prises en commun chez moi, à Mimizan, un petit village de la côte landaise, que son jeune frère Nicolas s’était joint à nous. Il avait le moral à zéro après la rupture mouvementée et douloureuse d’avec sa jeune compagne. Ils étaient ensemble depuis, je crois, plus de trois ans. Une lamentable histoire de coucherie. Sordide même. Bref. Comme quoi un super beau mec n’est pas à l’abri de cornes.

J’ai voulu dédramatiser la situation en lui montrant que tout n’est pas toujours rose et idyllique dans un couple. Je lui ai parlé de moi. Je me suis longuement confié, lui ai dit ma profonde admiration pour ma femme qui affrontait cet état de fait avec la volonté farouche de construire notre bonheur, envers et contre tout. « Je t’aime pour ce que tu es, et non pas pour ce que je voudrais que tu sois… ». Cette phrase d’elle que je lui citais l’a profondément troublé. Et j’étais troublé de le voir autant troublé. C’est à ce moment là qu’Olivier avait cru bon de me mettre en garde :

 

-       Ne te prends pas à rêver, Al. Je connais mon frangin, il ne va pas virer sa cuti sur un quelconque chagrin, aussi violent soit-il ! C’est un pur, un dur ! J’en suis sûr, il va très vite rebondir… Prends-le pour ami, n’en espère pas autre chose. S’il te plait.

 

J’entendais et écoutais Olivier. D’autant que c’était bien la première fois qu’il me disait autant de choses personnelles en aussi peu de temps. Je mesurais son émoi. Et prenais conscience de ma rêverie ridicule.

Je m’attachais donc à n’être que le deuxième grand frère. Quelques jours plus tard, une nouvelle longue et intime conversation nous absorbait. J’aurais pu me méfier. Ou, plus justement, me montrer davantage clairvoyant.

 

-       Il y a un truc qui me gêne, Al, dans tout ce que tu me dis…

-       Vas-y, je t’écoute ?

-       Tu parles de couple libéré. Du besoin de chacun à avoir un « jardin secret ». Du respect de la vie privée et intime de chacun des deux par l’autre. De confiance, et du fait qu’il n’y a de tromperie que dans le mensonge. Que l’amour a besoin de sexe, mais que le sexe n’implique pas obligatoirement l’amour… C’est ça ?

-       Oui, je confirme. Je dis bien l’Amour avec un grand « A »… La difficulté vient, entre autre, que dans notre parler courant, baiser et aimer utilisent la même expression : « Faire l’amour »…. Mais je dis parfois que l’on ne fait pas l’amour. On le vit. Sinon, on « baise », on « nique », on « se vide les burnes »… Ou toute autre expression que tu veux…

-       Ok… Et tu dis que toi, tu ne fais que baiser, que tu n’as jamais aimé, je dis bien, aimé, l’un de tes partenaires ?

-       Pas depuis que je suis avec Suzy, non. Je n’ai jamais laissé l’amour s’installer. Parce que je ne crois pas vraiment au coup de foudre, tu sais. L’Amour, ça se construit. Et je n’ai jamais accepté de dépasser la pose de la première pierre…

 

Nous nous étions confortablement installés un peu à l’écart sur la dune, profitant béatement du soleil. Un peu plus bas, les deux femmes  se font des confidences et rient aux éclats. Elles sont à plat ventre, le soutien-gorge détaché, pour faciliter le bronzage. Dans les vagues, Olivier joue avec les enfants. Il fait penser à un animateur, avec les cinq qui piaillent autour de lui…

 

-       Ok, ok… J’ai bien compris… Et tu penses qu’aucun de tes partenaires n’a, lui, été amoureux de toi… Amoureux, vraiment mordu, quoi !

-       Ça…

-       Ça… Je réponds pour toi, Al… Ça, tu t’en fous. C’est son problème au mec n’est-ce pas ? Il peut crever la gueule dans le ruisseau le mec ! Du moment que toi tu as pu prendre ton pied ! Egoïste, Al, tu es un putain d’égoïste !

-       Hé, tu ne vas pas m’engueuler, non ? Ouais, je sais, Nico. Ce n’est pas la première fois que je rencontre ce genre de raisonnement ! Un bon copain, un jour, m’a même violemment accusé d’avoir fait souffrir des dizaines et des dizaines de gugusses. Parce que c’était de ma faute aussi de plaire assez facilement ! Putain, Nico, toi aussi, avec ta belle petite gueule et ton splendide corps d’athlète,  tu as dû en faire souffrir des dizaines et des dizaines de petites nanas. Et quelques femmes mariées, aussi, sans doute… Et peut-être bien également quelques mecs… Et tu serais responsable de ce qu’elles ou ils se fourrent dans le crâne ? Alors que le plus souvent tu en ignores les tenants et les aboutissants ?

-       … …

-       Je ne peux pas penser à la place de celui qui est en face de moi ! Je m’attache à être le plus honnête possible. Je n’ai jamais fait de promesse mensongère pour aboutir à mes fins. Quand l’aventure dépasse la vulgaire partie de jambe en l’air dans les bosquets d’un chemin creux (oui, ça marche comme ça aussi, tu le sais bien !), quand on dépasse le stade d’échanger nos prénoms, je pose toujours cartes sur table. Je suis marié et père de famille. L’autre le sait. Si nous allons au-delà, c’est à ses risques et périls. Pas aux miens !

-       C’est à prendre ou à laisser… Un peu facile, non ?

-       La vie est toujours dans le « à prendre ou à laisser ». Ou dans les choix difficiles, comme tu veux. Qui a dit « Choisir, c’est mourir un peu… » ?

-       Gide, je crois…

 

Il m’énervait, ce petit con. Quelle idée aussi, d’accepter de nous isoler tous les deux… Presque à poil, en plus. Fallait que je me calme, sinon, ce n’était pas ce ridicule petit bout de chiffon qui me servait de maillot de bain qui pourrait longtemps cacher mon trouble… Faut dire qu’il était drôlement craquant, le petit rugbyman… enfin, petit… Un bon troisième ligne quand même. En taille, je ne devais pas le dépasser de beaucoup. Quant à la carrure… Boudiou… La totale. Des pecs bien dessinés, des épaules puissantes, un ventre… Ouille ouille ouille… et une taille incroyablement étroite… Outre le sport, son boulot de machino, très physique, lui permettait de garder ce corps de rêve… Comment avait-elle pu laisser échapper tout ça, son ex ? Et j’ai cru comprendre pour un mec de la cinquantaine ? Le pognon… Lamentable…

 

-       Mmm… Moi aussi, j’ai été amené à faire des choix difficiles. Et pardonne cet égoïsme, c’est d’abord les choix qui me sont posés qui éveillent mon attention… Tu crois que ça ne m’est pas arrivé de flasher sur un bel éphèbe, ou un jeune étudiant au point de me sentir perdre pied ? Mais les décisions n’ont jamais été longues à prendre. Rien ne peut avoir plus d’importance que Suzy et les enfants…

-       Bon, ok, j’ai mes réponses… Pour le moment… Mais…

-       Mais ?...

-       Ce que tu t’autorises si facilement, tu accepterais que Suzy se le permette ?

-       Ah, oui… C’est vrai. Sacro sainte règle de la réciprocité…

-       Et pourquoi ne tiendrait-elle pas le même discours ?

-       Je vais te surprendre, Nico. Je ne suis pas du tout jaloux. Je n’ai jamais été capable de l’être. Je dis bien : je n’en suis pas capable. Et je considère ce trait de caractère comme un handicap. La plupart des gens pensent qu’on n’aime pas vraiment, si l’on n’est pas un minimum jaloux…

-       Suzy est donc libre de faire ce qu’elle veut ?

-       Elle n’a pas à être libre ou empêchée. Suzy EST. Et je l’aime et la respecte telle qu’elle est. Mais pour répondre à ta question, non, elle n’applique pas du tout mon raisonnement à son avantage. Elle ne m’a jamais « trompé », puisque c’est le terme consacré…

-       Comment peux-tu être aussi affirmatif ?

-       Simplement parce que, si elle avait eu une aventure, je le saurais. Elle me l’aurait dit.

-       Tu as une confiance totale en elle ?

-       Totale. Inconditionnelle, si tu veux. Mais, en plus, et je suis bien conscient que ce que je dis pourrait être perçu comme effroyablement prétentieux, elle ne vit que par, et pour moi. Figures-toi que parfois c’est même lourd, très lourd à porter…

-       Pauvre « non-cocu » !

-       Pardonne-moi. C’est encore de l’égoïsme de te dire ça après ce que tu viens de vivre. Mais je t’assure que c’est vrai. Elle ne vit vraiment que quand je rentre à la maison. Et parfois c’est très pesant de se sentir toujours, continuellement attendu… J’avais imaginé qu’avec les enfants elle aurait autre chose à penser. Même pas… Tu sais… L’amour passion, c’est parfois, aussi, l’amour prison…

-       Donc, finalement, tu ne serais pas choqué qu’elle prenne un amant…

 .../...

 

 

 

Par Al
Samedi 19 juillet 2008

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Il me chauffait à parler d’amant ! Tiens, valait mieux que je me mette sur le ventre moi aussi. Pas pour des problèmes de soutien-gorge… Et puis, c’était vrai, il chauffait bien, l’autre, là haut… Pris entre deux feux, en quelque sorte…

 

-         Attends… Ce n’est pas tout à fait ce que j’ai dit… Il y a une différence énorme me semble-t-il entre avoir une aventure et « prendre » un amant… S’il lui arrivait de craquer devant le charme irrésistible d’un homme hors du commun (il faudrait qu’il soit mieux que moi, tu te rends compte ?), de quel droit aurais-je la prétention de m’y opposer ? Mais je crains fort que ce surhomme ne soit pas encore né… Et comme elle est plutôt sensible au charme des hommes un peu plus vieux qu’elle… Bah, c’est encore une de mes idées farfelues, mais je considère que le concept de fidélité n’a été inventé par les mâles que pour leur garantir la certitude que leur label « paternité » s’appliquait bien à leur progéniture… C’est l’utérus qu’ils protégeaient ainsi. Pas leur honneur… La preuve, c’est qu’ils n’appliquaient généralement pas ce concept à leur propre personne… En conclusion, aventure, ce serait son choix… A elle. Et je le respecterais. Totalement.

-         Ok… Mais si par hasard elle tombait vraiment amoureuse d’un autre ?

-        

-        

-         Sans hésiter, je m’effacerais devant son choix. Sans me poser la question des souffrances que je pourrais éprouver. Son bonheur à elle seule compte pour moi. Et puis elle ne pourra jamais donner à un autre autant qu’elle m’a donné à moi. Je lui dois tout ce que je suis.

-         … … Je vous admire. Vraiment. Je vous admire…

 

 

Il n’y avait pas de quoi. Je m’étais comporté en connard borné et prétentieux. Je m’étais enivré de mes belles paroles et de mes beaux concepts. J’étais fier de mon raisonnement. Donc je ne pouvais qu’avoir raison. Je ne voyais même pas qu’un putain de beau mec – que je trouvais irrésistible – était littéralement tombé en extase devant ma très belle épouse… Si ce n’est pas de l’aveuglement, ça…

 

A la fin des vacances, Suzy me parlait de lui en le trouvant « charmant ». Quelques semaines après, je ne pouvais vraiment pas me libérer de contraintes professionnelles, il était venu l’aider à déménager sa classe et il était devenu « adorable ». A Noël, à l’occasion du sapin de l’école ils se sont de nouveau revus, et elle a « craqué »… J’étais à fond dans le boulot. Une ou deux fois elle a fait allusion au fait qu’ils « s’étaient revus ». Je n’ai rien trouvé de mieux à dire que « C’est bien… C’est bien. Il te tient compagnie au moins… ».

Un week-end pendant les vacances de Pâques, Nicolas a voulu me parler et est venu me voir. Je ne l’avais pas revu depuis l’été. Je l’ai trouvé encore plus beau qu’alors, mais pâle… Etonnamment pâle. Il venait m’annoncer qu’il avait l’intention de demander à Suzy de venir vivre avec lui. Avec les enfants. Si elle voulait.

 

C’est con, je suis un gros con. Je suis tombé sur le cul.

Après les quelques quarts d’heures qu’il m’a fallu avant de pouvoir dire de nouveau quelle était la couleur du ciel, j’ai pris je pense la seule bonne décision possible. Je lui ai dit que si elle acceptait, c’est moi qui partirais. Il valait mieux qu’elle garde la maison, pour les enfants. A l’été suivant, j’achetais ce petit appartement du centre ville. Jusqu’à mon départ, je m’étais montré le plus discret possible vis-à-vis d’eux. De toute façon, le boulot ne m’aurait pas laissé d’autre choix. Il y a un an. Bientôt jour pour jour.

De temps en temps, je viens passer un samedi ou un dimanche ici. Pour les enfants. Habituellement, Nicolas n’est pas là. Comme beaucoup d’intermittents du spectacle, il est souvent pris en fin de semaine par des manifestations en province.

Les enfants semblent plutôt bien supporter la situation. Il est vrai qu’ils me voient guère moins qu’avant… En somme, ils ont deux papas… Et un grand frère. Domi.

 (à suivre)

 

Par Al
Dimanche 10 août 2008

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3

 

 

Les enfants ont dévalé les escaliers en hurlant et en se chamaillant, et ils se sont jetés sur le fauteuil, et moi, par la même occasion… Tous les trois enserrant simultanément mon cou de leurs bras potelés, j’ai cru un instant que je n’allais pas y survivre… Une voix exsangue s’est échappée de ma gorge martyrisée.

 

-          Au secours ! J’étouffe ! Je me meurs !...

 

J’aime leur joie et leurs éclats de rire en réponse à la plaisanterie attendue. Le rituel est incontournable, comme, lorsque étant petits après avoir écouté pour la énième fois l’histoire qu’ils connaissaient par cœur, ils me disaient : « Vas-y Papa, raconte-la encore »… Et ils n’ont desserré l’étreinte que pour couvrir mon visage de bisous, chacun ne voulant pas être en reste. Je nageais dans un bonheur rococo… Bien qu’ils me téléphonent presque chaque jour, parfois plusieurs fois par jour, ils me manquent sans doute plus que je ne veux bien le reconnaître… Les serrer là, dans mes bras…

Nadège, s’est relevée la première. Les bras croisés sous sa poitrine naissante, les sourcils froncés, la grande observe ses petits frères avec la moue d’une mère regardant ses rejetons batifoler. Elle est trop… Pas encore douze ans, et elle voudrait déjà être une petite femme… Pourtant, ses frères ont  seulement dix huit mois de moins. Nous avions décidé avec Suzy de ne pas perdre de temps. Nous voulions profiter tout de suite de nos enfants, et que eux aient à l’adolescence des parents encore jeunes. Suzy et moi étions passablement marqués par le fait d’avoir eu des parents âgés. Trop âgés. En plus, la nature s’était montrée complice : après Nadège, ce sont deux petits gars qui sont arrivés ensemble. De vrais jumeaux. Bonheur total.

Les petits s’étant enfin apaisés, Nadège est venue s’asseoir sur l’accoudoir du fauteuil, m’a repassé un bras sur les épaules, et a posé sa tête sur la mienne.

 

-         Papa, pourquoi Domi il est pas venu ?

-         Lui aussi avait, de son côté, une réunion de famille. Son papa à lui fête son anniversaire…

-         Il a quel âge ?

-         Heu… Quarante-six, quarante sept ans je pense… Oui, dans ces eaux là… Ils étaient très jeunes quand Dominique est arrivé… Mais c’est idiot ma chérie, je ne sais pas exactement. Je n’ai même pas posé la question. Moi !

-         C’est vieux ! Oh… Non… Papé il est plus vieux, lui…

-         Beaucoup plus ! A la fin de l’été nous fêterons les soixante-quinze ans de Papé et Mamé…

-         Pourquoi ils sont si vieux ?

-         Parce qu’ils sont nés il y a longtemps…

-         Idiot !

 

Elle s’est redressée, et en riant donne des coups de poings dans mon épaule. Les garçons, eux, sont déjà partis vers autre chose. La généalogie, ce n’est pas trop leur truc. Ils préfèrent s’installer avec leurs joysticks devant la télé…

 

-         Allez, dis-moi…

-         Tu le sais ma puce. Papé a longtemps travaillé à l’étranger, dans les pétroles, et il n’a épousé Mamé que très tard. Alors Maman est également arrivée tard, et c’est pour ça qu’ils n’ont pas eu d’autre enfant. Et pour ça aussi  que tu as des grands parents très âgés… Enfin… Agés…

-         Mais Domi, il va revenir ici ?

 

Il faut suivre. On croit qu’ils ont abandonné la piste et sont partis vers autre chose, mais non, mais non…

 

-         Mais bien sûr mon ange que Domi va revenir. Il viendra avec moi la prochaine fois, promis… Mais dis donc, j’ai l’impression que tu aurais préféré le voir lui, plutôt que moi…

-         Mais non ! Mais je l’aime bien tu sais… Il est gentil…

 

Et voilà. Encore piégé ! Je m’attendais à un nouvel « Idiot ! » et un éclat de rire, et elle accepte ma remarque avec beaucoup de sérieux. Ça ne lui semble pas idiot d’envisager qu’elle préfère l’un à l’autre…

Et les deux loupias, qui semblent absorbés par leur jeu de foot sur écran… Tu parles… Cyril s’est retourné vers nous.

 

-         Oui, il est gentil Domi ! Moi aussi je veux le revoir !

 

C’est vrai que c’est assez neuf pour eux tout ça. Je ne connais Dominique que depuis un peu plus de six mois. Il est venu très vite ici. Je voulais que les enfants le connaissent. Et que les choses soient claires dans leur tête : « Papa a un copain ». Suzy et moi n’étions pas très inquiets. Nous les avons élevés dans le respect du droit à la différence. A toutes les différences. Ils ont su très tôt que deux hommes ou deux femmes peuvent s’aimer et former un couple. Et que leur Papa avait aimé un autre monsieur avant de connaître Maman. Mais du concept à la réalité… Voir leur Papa  tenir un autre homme par le cou, lui caresser la joue…

Il n’y avait eu aucune difficulté. Aucune réticence. Les adultes autour d’eux ne semblaient y voir aucun inconvénient… Pourquoi, eux, réagiraient-ils différemment ?

Et Domi est tellement gentil…

 .../...

 

Par Al
Lundi 11 août 2008

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Suzy est redescendue de l’étage, après avoir probablement remis la salle de bain en état. C’est que, après le passage des trois tourbillons…

Elle prépare les amuse-gueules. Souriante, elle m’apostrophe :

 

-         La prochaine fois, tu viendras un peu plus tôt, et  c’est toi qui leur donneras le bain… C’est dommage que tu n’aies plus ce plaisir… Avec le rangement qui suit, bien sûr…

-         Tu ne crois pas qu’ils commencent à être un peu grands pour que tu leur fasses tout et que tu passes derrière eux ? Les jumeaux vont avoir dix ans, non ?

-         Oh lala ! Mais je ne peux plus plaisanter, c’est pas vrai ! Mais tu crois que je passe derrière eux tous les jours ? Aujourd’hui, alors qu’ils avaient entendu que tu étais arrivé, j’aurais eu du mal à les faire ranger, tu ne crois pas ?

-         Amène l’apéro, tiens, au lieu de dire des bêtises. On dirait un vieux couple qui se chamaille… Nadège, donne un coup de main à ta mère, tu veux bien ?

 

J’ai un petit sourire en coin en me voyant me comporter de façon aussi machiste… Lorsque nous étions ensembles, je n’aurais pas supporté de rester ainsi, assis, à attendre que l’on me serve. Suzy non plus d’ailleurs… Mais c’est vrai que je ne suis qu’un invité. Je ne suis plus chez moi. Nicolas me tient compagnie. Sans en faire davantage… Peut-être n’est-il pas encore tout à fait chez lui ?

 

 

Le repas est simple et excellent. Comme d’habitude. Suzy a préparé la poule au pot de mon enfance. Un autre petit clin d’œil. Et elle réussit la sauce poulette aussi bien que ma mère. Ce n’est pas un mince compliment. Je les soupçonne d’ailleurs d’échanger toutes les deux leurs petits secrets. Oui, elles se voient toujours. Suzy aime beaucoup mes parents. Elevée dans la rigidité la plus triste, sous un régime quasiment paramilitaire, elle avait été bouleversée la première fois que je l’avais amenée à la maison à Mimizan. Maman l’avait prise discrètement à part. « Je ne sais pas exactement où vous en êtes avec Al, alors, j’ai fait le grand lit et les lits jumeaux de la petite chambre. Vous vous organisez comme vous voulez… ».La gorge nouée, Suzy n’avait su que répondre. Dans le même temps, ses parents continuaient à me présenter aux visiteurs de passage comme « un copain à Suzy… »

 

Suzy va régulièrement voir Papa dans sa maison de retraite où la maladie d’Alzheimer l’a enfermé. Pas un mois sans qu’elle ne lui rende visite, avec Maman ou seule. Elle y va plus souvent que moi. Ceci expliquant peut-être cela.

Lorsque les premiers symptômes de la maladie ont inquiété Maman, je les ai fait venir ici, à Evry. Je voulais que Papa rencontre les plus grands spécialistes de la place de Paris… Et le verdict est tombé. Diagnostic sans appel. Et pas grand-chose à faire. Quand je pense aux progrès phénoménaux de la thérapie ces dernières années… Mais c’était il y a dix ans… Un peu plus même, Suzy attendait les garçons.

Maman n’a pas voulu retourner seule au fin fond des Landes avec Papa malade. Ma sœur vit comme moi en région Parisienne. Je voulais qu’ils soient près de nous, mais pas trop… Maman elle-même disait « Ce n’est pas bon que les jeunes et les vieux vivent trop rapprochés. Ils n’ont pas la même façon d’appréhender la vie… »

C’est alors que nous avons pensé aux cousins de Papa qui tiennent une boulangerie dans Orléans… Juste un peu plus jeunes que mes parents, et les deux couples s’entendent bien. Les prix plus raisonnables de l’immobilier, à cent kilomètres de Paris, ont précipité la décision. Nous avons trouvé un appartement adorable en rez-de-chaussée, avec petit jardin privatif. L’idéal.

Mais nous n’avions pas pensé que la perte de repères accélèrerait l’aggravation de l’état de mon père. Dix huit mois plus tard nous avons dû l’hospitaliser. Il se mettait en danger. Partait seul dans cette ville qu’il ne connaissait pas, ou en voulant aider ma mère, ouvrait le gaz sans l’allumer…

Il est dans une bonne maison spécialisée. Il est bien. Mais nous ne savons pas combien de temps nous pourrons tenir financièrement. Je serais, nous serions tristes d’être obligés de vendre la maison de Mimizan.

 

Nous venons de fêter les soixante-seize ans de Maman… Je réalise… Elle avait l’âge que j’ai maintenant lorsqu’elle m’a eu… Je n’aurai plus jamais d’enfant quoi qu’il advienne... Nicolas a trente trois ans et Suzy trente cinq. Il faut qu’ils se dépêchent s’ils en veulent un à eux…

Je regarde Nicolas. Il est béatement souriant. Soulagé que la journée se passe aussi bien. Il range le lave-vaisselle pendant que Suzy prépare le café. J’avais tord tout à l’heure. Il semble bien avoir pris ses marques…

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Par Al
Jeudi 14 août 2008

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